Une dernière fois avant de tourner la page...
Je ne suis pas encore capable d'en parler de vive voix ou de prononcer le mot fausse-couche, mais j'ai envie de l'écrire pour pouvoir ensuite tourner la page. Merci pour vos bons mots d'abord, c'est une main sur mon épaule qui, même virtuelle, me fait un grand bien. Je dirais que je vais bien. Je pense avoir une capacité de gestion de la douleur assez grande. Mes enfants m'éblouissent par leur compréhension de la situation, leur empathie naturelle. Babe qui me dit "Je
vas m'occuper de toi" ou "Pleure pas maman, il y a un autre bébé qui va venir". Cocotine qui met sont ourson-sac-magique sur mon ventre et me caresse la joue. Et les regarder rire de ce "rire qui lézarde les murs qui sait surtout guérir mes blessures" pour citer Renaud. L'amour que j'avais déjà pour Micro-Babe est déversé sur eux. Depuis deux jours, je les over-aime. Aujourd'hui, ils sont avec belle-maman, le temps que je fasse le tour de ma tête, et après la vie continue. J'ai 1000 deuils à faire. Le deuil de mon bébé. Le deuil d'un bébé de juillet et d'un congé de paternité tout le mois d'août. Le deuil de 3 bébés en 4 ans. Le deuil d'un 3e bébé l'année de mes 30 ans. Le deuil de manquer le rush de septembre prochain au boulot. Le deuil des projets qu'on avait déjà fait. Je garde une photo d'échographie en souvenir. Mon médecin me suggère d'attendre au moins un mois pour reprendre les essais, ce que je ferai. Mon médecin qui est l'homme le plus merveilleux sur terre après mon chum et mon fils, qui m'a rappeler lui-même hier soir après que j'ai téléphoné au CLSC pour demander ce que je devais faire après avoir constater que l'Urgence n'était pas du tout le bon endroit. Il a trouvé les mots. On se verra en janvier à moins que j'ai besoin avant. Je sais que si c'est le cas, il va me faire une place dans les 6 heures suivants mon appel. J'ai le meilleur doc de la région de Québec.
Vendredi tout allait bien, petite fin de semaine tranquille en perspective.
Samedi mon chum part faire l'épicerie. Les enfants sont excités, c'est leur spectacle de Noël de la garderie en après-midi. J'ai hâte. On se prépare pour aller se promener en traîneau, je vais aux toilettes avant de partir: pertes rosées. Je ne m'inquiète pas trop, mais j'annule la ballade en traîneau. Je me couche sur le divan et on attend papa. La journée passe, les pertes augmentent un peu, mais ce n'est pas si pire. Je pense toujours pouvoir aller au spectacle de la garderie. Finalement, vers 15h, je change d'idée, j'ai peur, j'ai le sentiment que tout est fini, je pars pour l'urgence. Je vais à l'hôpital que je connais le mieux et où on passe à l'urgence en moins de 2. C'est la que je rencontre le doc le plus débile de l'histoire de l'humanité, qui avant de me lancer ses phrases idiotes et ses statistiques de mardes, m'a parlé de son ski-doo pendant 10 minutes plutôt que de m'examiner. C'parce que tu peux tu fermer ta yeule pis grouiller ton cul?? Finalement, il me réfère au CHUL où j'ai rencontré des gens gentils et compréhensifs ce qui était tout le contraire de mes mauvais souvenirs de cet établissement. À 21h, j'ai vu mon petit bout de bébé, quel soulagement. Les chances étaient bonnes, col fermé, bébé bien implanté dans l'utérus, coeur qui bat.
Dimanche, les saignements augmentent, je ne suis plus capable d'être positive. J'essaie de me reposer. Finalement, je trouve que ça augmente beaucoup trop, j'appelle Info-santé. On me suggère du repos, on me dit que je vais peut-être devoir rester couchée jusqu'à 20 semaines de grossesse, envoyer mes enfants à la garderie à temps plein. Bon. Je discute avec mon chum. je vais passer la semaine couchée, on va faire garder les enfants toute la semaine et on verra. Je ne suis pas prête à m'empêcher de prendre mes enfants pendant 3 mois, no fucking way! On va faire notre possible, mais on décide de ne pas arrêter de vivre, parce qu'il y en a 2 qui sont vivants et qu'ils restent ma priorité dans la vie, quoi qu'il advienne. Si j'avais eu 25 semaines de grossesse de fait, ça aurait été une autre histoire, mais à 7 semaines, je ne pouvais pas décider de cesser de vivre. De toute façon, on allait prendre les choses un jour à la fois.
Dimanche soir, on se prépare pour le bain des enfants, j'ai une bonne crampe au ventre. Plus aucun doute que la fin approche. Et 1h plus tard, au moment de mettre les enfants au lit, je sens que "j'accouche", ni plus ni moins, mon bébé est sorti tout d'un morceau, je l'ai vu quitter mon corps, je l'ai vu. Très clairement. J'aurais préféré que ça se termine autrement, j'aurais préférée ne pas le voir vivant, ni le voir mort 24h plus tard. Mais je l'ai vu.
Maintenant c'est fini, et j'espère que la vie ne tardera pas trop à ne remplir le ventre de nouveau, il n'y a que ça qui me permettra de vraiment tourner la page, je crois. D'ici là, je tente d'éviter le piège des "si j'avais" et des "j'aurais donc du"
J'ai pris congé du boulot jusqu'au 5 janvier, j'ai droit à des congés payés maintenant!!